Coup de force des militaires au Zimbabwe contre le président Mugabe

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Courrier international – Paris

Dans la nuit de mardi à mercredi, des militaires sont intervenus à Harare pour prendre le contrôle de la capitale. Le président Robert Mugabe est assigné à résidence. C’est la bataille pour sa succession qui est au cœur de cette spectaculaire escalade.

“Ce n’est pas tous les jours que tu te réveilles à 4h15 du matin pour découvrir que l’armée a pris le contrôle de la télévision d’État pendant que tu dormais” raconte cet habitant dans The Zimbabwean, qui “prie pour la paix au Zimbabwe”.

“Des militaires ont pris le contrôle, ils disent que Mugabe est en sécurité”, titre en une le Daily News. Le général Sibusiso Moyo est apparu à la télévision nationale dans la nuit de mardi à mercredi, raconte le journal zimbabwéen. Il a assuré que “les militaires visaient uniquement ‘les criminels’ au sein du gouvernement […] et a garanti à la nation que Robert Mugabe et sa famille étaient en sécurité”.

Le président sud-africain Jacob Zuma a pu s’entretenir par téléphone avec Robert Mugabe ce mercredi matin. Ce dernier est “détenu mais va bien”, selon la présidence sud-africaine.

Détonations et patrouilles de militaires

Pour les observateurs, malgré les dénégations des militaires, ce qui est en train de se passer au Zimbabwe a toutes les apparences d’un coup d’État. Des détonations et des rafales ont été entendues pendant la nuit, et au petit matin, des militaires patrouillaient dans les rues de la capitale Harare.

“Ce matin, des véhicules armés étaient en train de bloquer les voies d’accès au parlement du Zimbabwe” raconte The Times, “les employés des journaux d’État [The Herald] ont été priés par les militaires de retourner au travail pour préparer une édition spéciale qui devait être diffusée dans le pays d’ici la mi-journée”. Mercredi matin, la page d’accueil du site internet du quotidien gouvernemental, The Herald, ne mentionnait que le communiqué des forces armées.

Le site d’informations sud-africain News24 a annoncé que le président Robert Mugabe, à la tête du pays depuis 37 ans, était prêt à quitter le pouvoir. Jamais le chef d’État, âgé de 93 ans, n’avait autant été mis au pied du mur par l’appareil militaire, soutien de longue date. Dans la journée de mardi, des témoins avaient déjà fait circuler des photos et des vidéos de chars faisant route vers la capitale Harare.

Le “Crocodile” face à la première dame

Cette spectaculaire accélération du cours de l’histoire au Zimbabwe pourrait bien être la conclusion de la confrontation qui n’a cessé de prendre de l’ampleur ces derniers temps, entre les deux factions qui luttent pour succéder à Robert Mugabe.

D’un côté, une partie des militaires, anciens combattants pour la libération du pays obtenue en 1980 face au régime ségrégationniste blanc, se sont réunis autour d’Emmerson Mnangagwa dit “le Crocodile”. Vice-président du pays, proche historique de Robert Mugabe, longtemps présenté comme son dauphin, il a été limogé lundi par le chef d’État.

Une victoire pour la Première dame, Grace Mugabe, à la tête de l’autre faction, constituée de soutiens plus jeunes (“Génération 40”), dont l’influence ne cessait de s’étendre. Elle était pressentie pour être désignée vice-présidente lors du congrès de la Zanu-PF, le parti au pouvoir, en décembre.

Emmerson Managagawa, nouvel homme fort

“Il se dit que les ministres fidèles au président Mugabe et à sa femme Grace, ont été assignés à résidence” par les militaires raconte The Times, “les ministres des Finances, de l’Indigénisation et de l’Environnement – tous des membres haut placés de la ‘Génération 40’, la faction dirigée par Madame Mugabe – seraient parmi eux”.

Selon plusieurs journaux, M. Mnangagwa, qui avait fui le Zimbabwe après son limogeage, serait en train de rentrer au pays ce mercredi, et pourrait être à la tête d’un pouvoir de transition.

“Faut-il plaindre le vieux Bob [surnom de Robert Mugabe] qui, manifestement, risque de ne pas constituer l’exception à la règle établie par l’histoire et qui veut que les monstres finissent toujours par dévorer leurs géniteurs ?” s’interrogeait mardi le Pays depuis le Burkina Faso :

En effet, tout laisse croire qu’en s’accrochant à son rêve de dévolution conjugale du pouvoir avec établissement sur le trône d’une dynastie des Mugabe, il risque d’être déposé tout simplement à la Habib Bourguiba [ex-président tunisien]. Et a priori, cette situation constitue en soi une bonne nouvelle pour tous ceux qui rêvent de l’alternance politique au Zimbabwe.”

Sébastien Hervieu

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