MONNAIE, LANGUE ET ARMEE : Le Sénégal Culturellement Assujetti (Dossier Suite)

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FRANCE-SENEGAL : La recolonisation En Marche 

 L’Algérie, considérée pendant longtemps comme un prolongement de la France en terre africaine, est fortement concurrencée par le Sénégal qui est en passe même de lui damer le pion. En effet, le pays du président Sall n’a jamais coupé le cordon ombilical le liant à l’Hexagone. Et la subordination n’est pas seulement d’ordre économique. Elle est avant tout culturelle.

La Constitution rédigée dans une langue française officiellement ancrée dans la culture sénégalaise et l’armée française encore bien installée dans des points névralgiques de Dakar ne sont pas moins ostentatoires que les multiples rues et édifices portant le nom de Français qui n’ont pas toujours été tendres avec les Sénégalais.

D’illustres inconnus de nombre de Sénégalais contemporains qui ont pour nom : André Peytavin, Jules Ferry, Albert Sarault, Georges Pompidou, Carnot, Charles Mangin, Armand Angrand, Félix Faure, Alfred Goux…, ont soit leurs rues, soit leurs avenues au cœur de la capitale sénégalaise.

Même William Ponty qui avait jadis ordonné l’expulsion des Sénégalais du Plateau vers la Médina, parce que les accusant d’être les vecteurs de la peste qui sévissait dans le pays, a toute une avenue en son nom. En plus des nombreuses rues portant des noms de Français, d’autres sont baptisées en des termes que beaucoup de Sénégalais ne comprennent pas. Ainsi on retrouve Belfort, Dardanelles, rue de Reims, rue Grasland, rue Fleurus, rue Raffanel, rue Escarfait, allées Delmas, rue Bugnicourt, etc.

Avec l’utilisation exclusive de la langue de Molière qui est enseignée dans les écoles et utilisée dans l’administration, le Sénégal, contrairement à l’Algérie, refuse de se libérer de son «ancien» colonisateur. Et celui-ci fait tout pour entretenir cette relation de subordination. L’exemple le plus patent demeure le centre culturel français, rebaptisé Institut français qui véhicule la culture française à travers les projections de films, théâtres, séminaires, expositions.

Dans ce même sillage, on ne sait par quel accord, l’Etat du Sénégal encourage la fuite de cerveaux.  Les meilleurs nouveaux bacheliers sénégalais ont des bourses d’études payées par le contribuable sénégalais et sont envoyés en Hexagone. Beaucoup d’entre eux ne reviennent pas et servent la France après leur formation.

A ce propos, l’ambassadeur de France au Sénégal, Christophe Bigot, estime que son pays accueille 10 000 étudiants sénégalais et qu’à travers Campus France, il souhaite doubler le nombre d’ici deux à trois ans.

Macky, continuateur de l’œuvre de Senghor

Un autre point qui rattache le Sénégal à son pays colonisateur, le franc Cfa. Pour Macky Sall, «le FCfa est une bonne monnaie à garder».

Le président Sall le croit si bien que, quand ses homologues de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) se sont réunis à Niamey, au mois d’octobre dernier, pour discuter de la création d’une monnaie unique de la sous-région, Macky Sall s’était débrouillé pour se retrouver en Afrique du Sud.

Pendant que ce débat faisait rage, il était aux abonnés absents. Depuis qu’il est élu, c’est la première fois que le président sénégalais est aussi en marge d’une question concernant la Cedeao. Lui qui a mobilisé les Etats membres de l’organisation face à Yahya Jammeh, devient aphone dès qu’il est question de rompre avec le franc Cfa.

Au moment où ses homologues étaient réunis à Niamey, Macky Sall était en Afrique du sud, loin de la zone où la monnaie à créer devrait être en circulation. Ceux qui doutent de la volonté de Macky Sall de ne pas être présent là où la France est flétrie, n’ont qu’à demander à Kémi Seba. Pour avoir brûlé un billet de 5 000 F Cfa, lors d’une marche anti Franc Cfa à Dakar, le panafricaniste est fagoté et expédié en France. 

Et ce n’était pas la première fois que Macky Sall montrait son attachement exagéré à la France et à ce qu’elle symbolise.

Les Sénégalais se rappellent toujours du sprint qu’il avait fait pour rallier la France au lendemain de l’attentat qui a frappé le journal Charlie hebdo.

Le président Sall a tout de suite couru en France pour prêter main forte aux Gaulois. Pourtant, beaucoup de citoyens sénégalais étaient meurtris et avaient le cœur serré après la caricature faite sur le prophète de l’islam par le journal Charlie hebdo.

Sa participation à cette marche de soutien a été vivement décriée au Sénégal.  Et, à chaque fois qu’une catastrophe se passe au Sénégal sans que Macky Sall ne se déplace, les Sénégalais lui rappellent ce fameux soutien à Charlie hebdo.

Mais que ferait le Sénégal sans la France ?

Les gouvernants rechignant à s’occuper réellement des préoccupations des Sénégalais, les Français sont souvent appelés à la rescousse pour gérer des accidents que la Gambie aurait pu régler toute seule.

Les sapeurs-pompiers qui défilent élégamment, chaque année, n’ont pas pu venir à bout des flammes qui avaient retenu Karim Wade, en octobre 2009, à l’intérieur de l’immeuble Tamaro. Il a fallu une intervention française pour sortir le super ministre d’alors du bâtiment en feu.

En novembre 2013, face au fameux joint de l’usine de Keur Momar Sarr qui avait privé les Dakarois d’eau, durant plus de vingt jours, les ingénieurs sénégalais se sont révélés impuissants. Là également, il a fallu l’intervention de la France pour sortir la capitale de la pénurie d’eau.

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