Quel est le prix que Moïse Katumbi est prêt à payer pour la RDC au delà de sa fortune personnelle?

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L’opposant congolais Moïse Katumbi

Moïse Katumbi annonce son retour imminent en RDC. C’est l’information de ce vendredi 16 juin pour tous ceux qui s’intéressent à la question congolaise. L’opposant congolais devrait rentrer dans son pays après une année d’exil entre Paris, Bruxelles et Londres. Pourtant, ce n’est pas la première fois que Katumbi annonce un retour en RDC. L’homme se dit inquiet pour sa sécurité.

Peut-on faire de la politique de salon pour arriver au pouvoir?

 « Je vais rentrer dans mon pays. J’ai reçu la lettre du haut commissariat et le Congo a désormais l’obligation de me protéger. Je suis candidat et ils doivent garantir ma sécurité. » explique l’ex-gouverneur du Katanga en conférence de presse dans les bureaux parisiens de son avocat Dupond Moretti. Répondant aux questions des journalistes sur la date de son retour, il dit avec un sourire en coin. Le Haut Commissariat des Nations-Unies aux Droits de l’Homme recommande le retour de Moïse Katumbi dans son pays en homme libre et appelle à sa protection en prévision des élections. « Le temps que de finir mes valises et dire au revoir à des amis. » En effet, il n’y a pas plus imminent.

Monsieur Katumbi est candidat à la prochaine présidentielle depuis qu’il a quitté Joseph Kabila et son parti le PPRD. Une décision qualifiée de courageuse par l’opposition heureuse de voir Joseph Kabila perdre un allié de la trempe de Katumbi. Aux yeux de la majorité présidentielle cela est une trahison sans grand effet. Le ministre de la Communication Lambert Mende, spécialiste du bon mot, s’interrogera sur ce départ. « Une créature peut-elle faire peur à son créateur? »  Une allusion qui frôle le blasphème. Au PPRD, on se frotte les mains. Tant les fanatiques de ce tribun sont nombreux. Si Katumbi ne fait pas peur à Kabila, il ne lui facilite pas la tâche non plus. Sous estimé par ces anciens camarades, Moise Katumbi fait jouer ses réseaux et sa fortune pour dénoncer le non-respect de la constitution par le président congolais et la non-organisation des différentes élections prévues en 2016. Face à une opposition enfin structurée Joseph Kabila a cédé sans perte de pouvoir. Il a obtenu le prolongement de son mandat d’une année grâce au dialogue national et la signature de l’accord du 31 décembre dit de la Saint-Sylvestre. Dès lors, le compteur de point s’emballe. Katumbi ne cesse de gagner les batailles au niveau international. Une série de sanctions européennes et américaines contre plus hauts cadres de la Kabilie.

Pourtant Moïse Katumbi ne parvient pas à gagner les galons d’un chef. Il n’arrive pas à convaincre sur sa capacité à porter l’uniforme de chef des armées. Non, Katumbi n’est pas Jean-Pierre Bemba qui avait par le choix des armes montrer son jusqu’au-boutiste. Non, Katumbi se dit « légaliste« . Condamné pour 3 ans de prison dans une sombre affaire d’expropriation immobilière, l’ex-gouverneur réussit à sortir du pays et conteste la sentence auprès des juridictions internationales. Une condamnation qui a depuis perdu de sa substance avec l’exil de la juge Ramazani. Elle a dénoncé à son tour les fortes pressions du parquet pour voir Katumbi condamné. L’ex-gouverneur a à son tour dépose une plainte au près du Haut commissariat des droits de l’homme à l’ONU pour dénoncer l’acharnement de la RDC sur sa personne et sa famille.

Moïse Katumbi n’a pas confiance dans les autorités congolaises. Il craint pour sa vie et les siens. Il se dit victime d’une tentative d’empoisonnement.  N’avait-il pas mesuré les dangers dans le combat qu’il allait livrer? Faire de la politique en RDC est un chemin qui a vu nombres d’opposants connaître la case prison. Alors, le candidat déclaré à la présidentielle veut des garanties avant un retour devant ses électeurs. Alors, le candidat déclaré à la présidentielle veut des garanties avant un retour devant ses électeurs. Il demande une protection de la Monusco, une force militaire onusienne installée en RDC avec plus de 20 000 hommes. Ainsi, ce retour imminent ne se fera pas dans les heures à venir. Selon son avocat, il faudra maintenant attendre la réponse de la Monusco pour voir monsieur Katumbi dans un avion à destination de la RDC. Puis laissé échapper une date. « Ce retour serait-il possible entre le 26 et le 28 juin? » interroge Dupont Moretti. Katumbi sourire aux lèvres ne bronche pas.

Au-delà de sa fortune Moïse Katumbi se doit de retourner au Congo et de faire fasse aux autorités de ce pays. Il doit se payer la veste d’un opposant qui affronte sans la moindre retenue ses adversaires. Moïse Katumbi fait campagne en Occident pour un changement en RDC. Mais la grande question est de savoir jusqu’au l’homme de Lubumbashi est prêt à aller pour obtenir ce changement? Qui est vraiment Moise Katumbi? Un excellent homme d’affaires qui veut saisir l’opportunité que lui offre la tête d’un Congo malade comme un Donald Trump aux USA ou est-il un homme politique avec une vision permettant à son pays de vider son pays des pilleurs tout azimut. De toutes ces interrogations, la principale demeure à savoir jusqu’au l’homme de Lubumbashi est prêt à aller pour obtenir ce changement. Est-il disposé à faire de la prison comme l’on fait Nelson Mandela en Afrique du Sud, Abdoulaye Wade au Sénégal, Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire, Etienne Tshisekedi sous Mobutu ou encore Jean-Marie Michel Mokoko au Congo Brazza?

Pour autant la case prison ne devrait pas être le chemin officiel pour tout candidat à la magistrature suprême. L’Afrique a depuis une décennie des références ( Ghana, Nigeria, Tanzanie, Bénin, Sénégal….) en terme d’alternance politique qui devraient inspirer les ennemis de la démocratie.

Pour l’heure Moïse Katumbi se refuse un affrontement direct avec son ancien chef. Il livre un combat de lobbying visant à affaiblir internationalement le pouvoir de Kinshasa. Mais sous les tropiques, les prisonniers politiques d’hier une fois sortaient, obtiennent facilement le commandement suprême. Le retour annoncé de Katumbi donnera la réponse à ces interrogations.

Roger Musandji Nzanza
Oeil D’Afrique


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