Six indices économiques annonçant la récession

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Par Robert Bibeau.

Le PIB par habitant aux États-Unis

La tendance générale de l’économie capitaliste est à la baisse du taux moyen de profit, qui s’exprime notamment par une tendance à la baisse du taux de croissance du PIB par habitant. On constate d’année en année que le PIB par individu augmente de moins en moins au cours des périodes de croissance (trait rouge sur la Figure 1) et qu’il plonge de plus en plus profond sous zéro au cours des périodes de récession (trait rouge sur la Figure 1). La politique de Trump, obsédée par la balance commerciale et la balance des paiements, au point de lier la stratégie militaire de l’Amérique à l’inversion du déficit, se révèle une tentative désespérée d’inverser cette tendance générale. Ainsi, depuis 1945 on observe 10 périodes de récession dont la plus sévère date de 2008.

Figure 1

Figure 1

La croissance du PIB par habitant aux États-Unis ajustée à l’inflation. On constate l’approfondissement des périodes de récession (sous la barre zéro), alors que les phases de croissance sont de plus en plus courtes et balbutiantes (au-dessus de la barre du zéro).

Aux États-Unis, depuis la reconstruction d’après-guerre, le parcours des phases d’expansion raccourcit et les périodes de récession s’approfondissent. C’est ce que les États-Unis tentent d’inverser et de faire payer à leurs alliés et concurrents via l’augmentation des tarifs douaniers.

La part des salaires dans le PIB national

Cette tendance générale est corroborée par la part des salaires dans le PIB total. Entre 1960 et 2015, la proportion des salaires dans le PIB national étatsunien est passée de 51% à 43% alors que le nombre de salariés a augmenté, ce qui implique une baisse importante du pouvoir d’achat des ménages américains (Figure 2).

Figure 2

Figure 2

Ce que confirme la Figure 3 indiquant que les ventes réelles par habitant aux États-Unis sont en décroissance constante depuis plusieurs décennies indice d’un appauvrissement général des prolétaires, malgré l’enrichissement exponentiel d’une caste de milliardaires (585 impétrants étatsuniens sur 2208 recensés dans le monde), aujourd’hui représentée par l’un des leurs à l’exécutif de l’État moribond. (2)

Figure 3
Figure 3

La balance commerciale allemande

L’économie allemande ne tremble que sous la menace d’une guerre commerciale. À l’inverse des prévisions officielles, les commandes de l’industrie germanique ont chuté de 2,5% en avril. C’est le troisième mois consécutif de réduction des commandes. Historiquement, une succession de trois réductions présage une récession (Figure 4).

Figure 4

Figure 4

Tout comme la simple menace d’une guerre dans la région du Golfe persique, suite au retrait étatsunien de l’accord iranien, a suffi à faire grimper le prix du baril de pétrole, la menace américaine d’enclencher une guerre commerciale mondiale a suffi à provoquer une baisse des commandes industrielles en Allemagne pendant trois mois consécutifs comme le montre la Figure 4. (3) Ces dernières années, certains pays comme l’Espagne et le Brésil ont sauvé leurs mises grâce à l’investissement étranger (Figure 5). Même en oubliant le caractère fondamentalement improductif de ces investissements (spéculation immobilière et boursière), la simple menace d’une guerre commerciale entrave la croissance du PIB de chaque pays capitaliste.

Chute des investissements

Conjoncturellement, certains pays comme la France bénéficient temporairement de la délocalisation du capital suite à la menace du Brexit britannique. Mais la tendance mondiale annonce une chute brutale des investissements à commencer par le capital chinois : on parle déjà d’une baisse globale de 23% des investissements internationaux (Figure 5). Notamment, les capitaux fuient les États-Unis (- 39,8%) et c’est pour inverser cette tendance que Donald Trump intensifie sa guerre commerciale, encourage l’inflation et appel à une hausse des taux d’intérêt sur les prêts (Figure 5).

Figure 5

Figure 5

La chute des investissements étrangers suivie d’une guerre commerciale a d’abord touché certains pays plus faibles, mais elle frappera bientôt tous les pays capitalistes. La Chine a coupé le robinet des investissements étrangers (+ 1,5% en 2017). La Figure 5 montre que les États-Unis ne jouent plus le rôle moteur dans l’économie mondialisée, ce qui force ses alliés à se chercher un nouveau mentor comme le dernier sommet du G7 l’a démontré. (4)

Nouvelle guerre commerciale

Le sommet du G7 au Canada, torpillé par Donald Trump, implique bien plus que le début de la guerre commerciale, il marque la fin de l’ordre commercial mondial établi après la Seconde Guerre, puis rééquilibré en 1990 suite à l’effondrement de l’URSS. Les analystes ont calculé l’effet de cette nouvelle guerre commerciale sur le PIB selon quatre scénarios. Dans le « meilleur » des cas, les États-Unis augmentent les tarifs et les autres pays ne répliquent pas ce qui réduirait l’effet inflationniste appréhendé. Ce scénario est déjà périmé puisque tous les pays visés ont annoncé qu’ils riposteront aux réclamations de « rançons » américaines. Le 16 juin le FMI publiait un communiqué où il était spécifié que : « Le FMI exhorte ces pays à « résoudre les désaccords commerciaux sans recourir aux droits de douane et à d’autres barrières ». Washington a imposé, au nom de sa « sécurité nationale », des tarifs douaniers aux importations d’acier et d’aluminium, venant notamment de Chine, d’Europe du Canada et du Mexique. Ce bras de fer risque de « créer un cycle de représailles », s’alarme le FMI, d’encourager « les pays à justifier les restrictions aux importations au nom de leur sécurité nationale », de perturber l’approvisionnement des multinationales américaines et d’affecter « les pays émergents les plus vulnérables ». (5)

Dans le second et le troisième scénario présentés par les experts, l’Europe et la Chine répondent aux États-Unis par des représailles tarifaires modérées et ne s’attaquent pas mutuellement. L’effet inflationniste sur les prix en général et sur le loyer de l’argent est important, mais est contenu. Ces deux hypothèses semblent disqualifiées, l’Europe ayant annoncé des mesures de rétorsions contre les USA et des mesures préventives contre le dumping probable des produits chinois en surcapacités.

Dans le quatrième scénario, les représailles vont crescendo suivis d’attaques croisées entre l’Europe et la Chine. Ainsi l’Europe et le Canada ont déjà amorcé leur guerre commerciale contre la Chine. Ce dernier scénario, d’une spirale de représailles tarifaires croisées, le pire de tous et le plus probable, hypothèquera directement la croissance du PIB et appelle une récession mondialisée (puisque l’économie est globalisée). Selon les spécialistes la guerre commerciale entre les États-Unis, la Chine et l’Europe, aura pour effet sur deux ans de réduire à néant la croissance de la zone euro, et de l’Amérique et d’affecter également l’économie chinoise et mondiale comme l’indique la Figure 6.

Figure 6

Figure

Un texte de Nuevo-curso  (Espagne) traduit et augmenté par Robert Bibeau.

source:http://www.les7duquebec.com/7-au-front/six-indices-economiques-annoncant-leffondrement/

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