AÏNOUMADY DIAKHATE célébrera le GAMOU annuel le samedi, 22 juin 2019. Par Ahmadou Diop CPC.

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Toute la  famille Khali  Madiakhaté Kala invite  toute la OUMAH Islamique au GAMOU annuel
prévu le samedi, 22 juin 2019 À AÏNOUMADY DIAKHATE.

Khali Madiakhaté Kala  naquit  en 1835, mort en 1902, fut  le fondateur du village de keur Makala, qui porte son nom, situé à quelques encablures de Thilmakha M’bacol, le cœur du Cayor, dans la région de Thiès au Sénégal. Un érudit téméraire, écrivain, philosophe et   poète, maîtrisant   à la fois  parfaitement  et la grammaire arabe et le wolof, juge dans la cour de Lat Dior N’Goné Latyr Diop, son cousin direct, dernier Damel du Cayor, mort les armes à la main en 1886, le 27 octobre  à Dékheulé.

L’icône immortelle,  l’érudit,  philosophe et  poète emblématique,  fut  investi dans l’art épistolaire  contre le colonialisme repoussant. On l’oublie souvent. Il fut mis  en résidence  surveillée plusieurs fois.

Dans Ethiopiques numéro 57-58 revue semestrielle de culture négro-africaine er et 2e semestres 1993, Cheikh Aliou Ndao  écrit, je le cite : « C’est pourquoi, je voudrais vous parler d’un écrivain bien de chez nous, d’un auteur très peu connu de la jeunesse. Pourtant, il s’agit d’un homme dont les oeuvres devraient être étudiées non seulement par le département d’arabe de la Faculté des Lettres, mais par tous les étudiants de littérature africaine. Je veux parler de Khali Madiakhaté Kala (1835-1902). Citoyen du Cayor, du village de Kala à quelques kilomètres de Ngaay Mexe sur la route de Thilmakha. Grand érudit, de son vrai nom Moussa, il fut nommé dans les fonctions de Cadi, c’est-à-dire de juge des affaires musulmanes par le roi du Cayor Lat Dior Diop. La prononciation wolof a donné Xaali et l’on a ajouté le nom de son village Kala, d’où Khali Madiakhaté Kala. En relation avec tous les grands de son époque, aussi bien les marabouts que les souverains, cet érudit a été revendiqué à la fois par les lettrés et les hommes du peuple. Ce qui est rare. Ses contemporains ont retenu l’image du Cadi dont les jugements s’enracinaient dans l’esprit du terroir. Il a tenté de réconcilier le côté positif de la coutume et l’essence du droit musulman. Mais Xaali est passé à la postérité grâce à la poésie. Maître de la versification en arabe avec toutes ses règles, ses nuances, ses difficultés, il a formé d’éminents poètes à son école. Composant aussi bien en wolof qu’en arabe, Xaali a défié les meilleurs poètes de son temps dans des sortes de joutes qui étaient à l’honneur à l’époque. La versification ne l’éloignait pas pour autant de l’enseignement des autres matières, ni de ses occupations de juge et de secrétaire du Damel Lat Dior. Il est bon de s’intéresser au personnage. Khali Madiakhaté Kala symbolise l’écrivain conscient de son rôle dans sa société, un homme libre mais aussi un homme des libertés. Rien n’arrêtait Xaali. Sa plume n’a jamais hésité dans la diffusion de ses idées. Quelles que soient les circonstances, aussi bien devant le Damel du Cayor, que devant le Gouverneur français de l’époque, il a fait preuve de courage politique, de sincérité et de franc parler. Il est vrai que certains pourraient lui reprocher une ou deux de ses attitudes considérées comme une espèce de compromis trop proche de la compromission. Cela étonne de la part d’un écrivain qui se dit libre. C’est vite oublier le but poursuivi par Khali. Il semble que sa vie durant, il a surtout essayé de sauvegarder sa liberté de manoeuvre pour mieux se consacrer à sa création. Il ne dévie pas de la voie choisie. Fondamentalement Khali Madiakhaté Kala est resté un homme libre, un écrivain qui a essayé de ne pas biaiser avec la vérité. Ce ne fut pas facile. Pensez à l’époque. Nous sommes au 19è siècle, période des bruits de guerres coloniales, de conquête et de résistance. C’est le temps des nominations et des destitutions de damels selon la volonté du Gouverneur français installé à Ndar. C’est le moment du refus populaire, des incendies de villages. C’est l’époque des convocations de dignitaires à Saint-Louis d’où la plupart ne sont jamais revenus. Khali lui-même a été obligé d’exercer les fonctions de Cadi au nom de l’occupant, pendant quelques années. Même si cela n’a pas duré longtemps, même si l’érudit du Cayor a tout fait pour contrecarrer le projet, il faut quand même le souligner. Convoqué plusieurs fois à Saint-Louis, Khali y fut maintenu en résidence surveillée par le Gouverneur français. Nous reviendrons sur ces moments douloureux de sa vie. Il faut dire que Khali était à la fois adulé et craint par le pouvoir colonial. Connaissant sa vaste audience auprès du public, il voulait s’attacher les services de l’érudit. Les poèmes satiriques de Xaali en wolof faisaient le tour du pays. Ses dits devenaient aussitôt des proverbes. Que va faire un tel écrivain ? Le Damel Lat Dior jaloux de son pouvoir ne veut pas que l’érudit s’éloigne de lui. Non seulement il le maintient dans ses fonctions de Cadi, mais il s’attend à ce qu’il se comporte comme tout le monde face à son gouvernement. Alors que Khali Madiakhaté Kala va se conduire en homme libre, en écrivain des libertés. Il se voyait comme un témoin de l’histoire. Cette conception de son rôle va lui attirer quelques ennuis de la part de son souverain.

Le 12 janvier 1864, le Damel Lat Dior est battu par les français
à la bataille de Loro.
Voici le poème qu’écrivit Khali au sujet de cet événement. Disons qu’il s’agit
de quelques extraits.
« Lat Dior est-il sincère quand il prétend avoir embrassé la religion ou
bien n’est-ce là qu’une façon habile de retrouver  son trône du
Cayor ?

Comme
preuve à l’appui de sa foi islamique, Lat Dior s’est fait raser la tête. Est-ce
qu’on doit recevoir l’ordre de se raser en dehors du pèlerinage ?
Les deux armées se sont rencontrées, les Français ont tiré, ont tiré encore
(des boulets) de canon, alors l’armée de Lat Dior s’est débandée, taillée en
pièces… »

On ne mesure la témérité de l’écrivain Khali Madiakhaté Kala
qu’en se rappelant la puissance du roi du Cayor à l’époque. Cependant, le poète
a voulu donner une relation fidèle comme un reporter. Il profite de l’occasion
pour mettre en doute l’orthodoxie de l’obligation faite à un nouvel adepte de
l’Islam de se raser la tête. En fait, la question s’adresse à Maba Diakhou
puisque selon la rumeur, c’est le marabout de Nioro qui aurait demandé cela à
Lat Dior. Voilà un comportement qui pourrait surprendre si on ne connaît pas
Khali Madiakhaté Kala. En fait, bien qu’il ait reçu la même formation que les
autres dans les sciences de la religion musulmane, il ne s’est jamais considéré
comme un directeur de conscience. Ce qui l’intéresse, c’est le savoir en tant
que tel, surtout son aspect libérateur. C’est peut-être ce qui explique que Khali
Madiakhaté Kala n’ait pas eu de disciples permanents accrochés à lui,
contrairement à ses pairs. Il s’est contenté de dispenser un enseignement qui
devait atteindre tous les coins du terroir. Esprit ouvert, cet écrivain n’a
dédaigné aucun aspect de la vie. Son jugement sur les événements de son époque
s’est voulu froid et sans complaisance. Lorsque son poème satirique parvint à
Lat Dior, celui-ci n’a pas apprécié. Bien au contraire. N’oubliez pas qu’à
l’époque, un morceau de ce genre était aussitôt appris et récité dans les daara
par les taalibé. Aussi le même Khalife écrivit il un autre poème.
« …Vas-tu te mettre en colère pour ce poème que j’ai composé sous la
menace des ennemis ?
Le coupable n’est-il pas excusable ?

Je ne sais pas si je suis un bouc entre les griffes d’un fauve
ou bien un moineau empoigné par un enfant ».

 Ahmadou  Diop CPC

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