ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC LE DOCTEUR CHEIKH KANTE

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« Un déficit budgétaire planifié maîtrisé peut créer unerelance économique » « Le Président MackySall est le meilleur desPrésidents », dixitBruno Lemaire

ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC LE DOCTEUR CHEIKH KANTE
Le déficit budgétaire et l’endettement du Sénégal sontdécriés par bon nombre de nos compatriotes. DrCheikh Kanté relativise et tente de rassurer. Après son séjour à Aix en Provence dans le cadre des rencontres appelées «cercle des économistes » qui regroupent des sommités, ils’est entretenu avec le DG de direct info sur l’actualité notammentéconomique. Sa conviction est que l’endettementpeut booster notre économie. Entretien…
 
 
Pape Diogoye Faye : Aix a battu unrecord d’affluence cetteannée encore avec dessommités, raconte-nousun peu l’ambiance quevous avez vécue.
 
Dr Cheikh Kanté : Oui Pape Diogoye.Depuis presque une dizained’années, je pars à Aix enProvence pour la rencontreannuelle du Cercle des économistesqui est devenue pour moi un moment fort d’introspectionoù les grands espritsse rencontrent, se fertilisenten discutant sur des questionsqui touchent le monde.C’est avec un intérêt particulierque j’y participe.Aussi, je ne suis pas tellementdépaysé dans cette partiedu monde que leprofesseur Roux m’a fait découvriravec mon épouse.Depuis, j’ai pris goût à mepromener le matin après maprière pour renifler lesodeurs d’herbes fraîchestransportées par un vent fraisqui me rappelle les alizés deFatick au bord du Mindiss.J’aime écouter les oiseauxchanter, contempler labeauté de la nature qui s’éclaircitpetit à petit avec lesrayons multicolores du soleild’Aix qui se lève et qui percel’épais brouillard gris qui recouvreles cimes des arbres etles sommets des montagnes.Toute cette chorégraphiebien organisée et animée parle concert des cigales, me faitpenser à Dieu, me donne de l’espéranceet la joie de vivre.
Cette année, le thème centralportait sur « La confiance », jedevais au départ participer àrépondre à la question de savoir« si les croyances collectives ontelles disparu ? » Finalement, lesprofesseurs Lorenzi et DeBoissieu avaient jugé plus utilede me faire migrer vers la sessionoù je devais répondre à laquestion : faut-il s’endetterpour s’enrichir ?
 
PdF : Et qu’avez-vousrépondu ?
 
Dr CK : j’ai répondu positivementoui ! Puisqu’ en matière d’endettementou de financementextérieur, la perception dépenddes écoles de pensée : certainséconomistes considèrent quetout emprunt public ne peut êtreque nuisible pour les agentséconomiques, puisqu’ ils l’assimilentà un report d’impôtssur les générations futures etpar conséquent imputent à l’Etatune connotation négative.Cette hypothèse que je relativiseest le postulat des économistesclassiques Ricardo, Barro,Smith, Hayec et Krugman entresautres qui l’assimilent à un effetd’éviction.
 
 
 
 
Contrairement aux classiques,Keynes, Harrod et Domar considèrentque l’endettement n’entrainepas de coût ni pour lesgénérations actuelles encoremoins pour les générations futuresdu fait de nouveaux investissementsqu’ils génèrent. Leur postulat de base repose surle fait que l’équilibre budgétairene doit pas toujours être respectéet qu’un déficit budgétairejustifié et maîtrisé peutcréer les conditions d’une relanceéconomique à travers lacréation d’emplois, la consommationglobale avec les infrastructures,la demande quifavorise l’effet multiplicateurqui crée les conditions d’unecroissance inclusive et durable.
 
J’appartiens à l’école de penséede Domar et d’Harold.Je considèrequ’il n’y a pas de croissancesi un pays n’investit pas etpar conséquent le taux de croissancede la productionest unefonction croissante du capital.Les bons résultats obtenus parle président Macky Sall dans lecadre la mise en œuvre du premierplan d’action prioritaire duPSE s’expliquent par les investissementsréalisés à traversles projets et réformes phares.
 
En répondant oui, j’ai rappeléque l’endettement était une pratiqueaussi vielle que le monde.Elle a toujours accompagné lesindividus, les ménages et lesEtats. De Boisseau rappelle toujoursque l’Angleterre s’est endettéependant trois siècles,avant la révolution industrielle,pendant, après et présentement.Même pour battre Napoléon,l’Angleterre s’était endettée.
C’était la règle en son temps. Lesrois s’endettaient avec la complicitédes banquiers génoispour faire la guerre. La prime àpayer dépendait de l’importancedu butin à gagner en engageantcette guerre.Au demeurant, il faut toujoursgarder la leçon de morale qu’onnous apprenait très jeune à l’écolepour cultiver un comportementvertueux : qui paie sesdettes s’enrichit.L’endettement doit toujours êtreencadré et mesuré. Elle doitservir à des causes utiles pourcréer les conditions d’un effet delevier.Evidemment, j’ai orienté monapproche vers l’Afrique.
 
Commetu le sais, je suis Afro- optimiste,nous ne sommes plus en 1960,quand René Dumont disait quel’Afrique noire était mal partie.Avec la nouvelle génération deleader comme le présidentMacky Sall, l’Afrique est bienpartie. Le président Macky avec le PSE à tracé une nouvelle voieAfricaine d’une croissance inclusiveet multidimensionnelleavec des résultats très encourageants.Cependant, malgré les bons résultatsobtenus durant les deuxdernières décennies, l’Afriquesubsaharienne doit résoudrel’équation que pose le financementdu développement et lamaîtrise de la dette.Pour atteindre les objectifs fixésdans le cadre des 17 ODD, il faudraun financement additionnelévalué à 20% du PIB d’ici 2030.
 
L’aide publique au développementstagne et régresse. Elle estsouvent orientée vers les questionssécuritaires.Pendant ce temps, d’autresoptions de financement s’offrent à nos pays. Le nombrede pays surendettés ou envoie de l’être augmente, il estpassé de 6 environ en 2014 à16 en 2018. CatherineLubochinsky du cercle deséconomistes a rappelé l’endettementnon conventionnelde certains pays commele Mozambique et Djibouti etses conséquences regrettablesen matière de souverainetéet d’équilibrebudgétaire. Odile Renaud, ladirectrice du trésor Françaisdurant nos débats, a rappeléla reconstitution de la dettede certains pays Africains,malgré le programme PPTE.A mon avis, la résolution dece dilemme passera par unenouvelle orientation politiquebasée sur de nouveauxmodèles de croissance inclusiveset de gouvernancevertueuse encadrée par lemultilatéralisme.
 
 
Madame Christine Lagardeque je félicite en passantpour sa nomination commeGouverneur de La BanqueCentrale Européenne, avaitdonné le ton en insistantdans une de ses interventionssur les dangers des inégalitéscroissantes. Elle disait avecforce que nous avons besoind’un système financier quisoit plus éthique et davantagetourné vers les besoinsde l’économie réelle. Un systèmefinancier qui serve la sociétéet non l’inverse.
 
 
Pd F : Vous avez parlédans votre intervention dela nouvelle monnaie Ecoqui doit circuler d’ici 2020.Dites-nous quelle estvotre position ?
 
Dr CK : A dire vrai, je ne suis paspour cette monnaie. C’est unedécision à murir pourplusieurs raisons : la monnaieest une question perplexe quinécessite des calculséconométriques.
 
Je te donne un exemple, dansla zone UEMOA, nous avonsun taux d’inflation inférieur à3%, dans d’autres pays, ce tauxdépasse 16 %. Pensez-vous nospopulations soient préparées à supporter les conséquencesd’un tel niveau d’inflation ?
 
Dans notre zone, les critères deconvergence que nous avonsen matière de dette, d’inflationet de déficit, nous permettentde maintenir un bonéquilibre de nos agrégatsmacroéconomiques.Cependant, je suis d’avis que leF CFA doit être revu dansplusieurs aspects et je m’étaisprononcé sur ce sujet dansmon livre la Camisole.
 
PdF: Le pétrole et le gazfont trop de bruitsactuellement au Sénégalqu’en pensez-vous ?
 
Dr CK : Je pense que tout ce bruitne se justifie plus. Dès lors quele procureur est en train d’instruirecette question, il n’estplus nécessaire de faire autantde tapage dans les médias. Ils’agit simplement d’aller chezle procureur et de brandir lespreuves détenues par deverssoi pour aider à éclairer lesSénégalais. Les fakes newssont monnaies courantes dansles combats politiques pourdésétatiser un adversaire. Larègle est d’utiliser 5% de véritéavec 95% de mensonge. AuSénégal cela ne passera pas. LePrésident Macky Sall a toute laconfiance des Sénégalais quil’ont plébiscité à plus de58, 26 % des suffrages.Son image de marque à l’étrangerest plus que renforcée.Bruno Le Maire, le dynamiqueministre de l’économie de la
France me disait l’autre jourau diner que le présidentMacky est le meilleur desprésidents et je trouve qu’il aparfaitement raison.
 
Proposrecueillis Par PapeDiogoyeFaye – Direct Info 10 juillet 2019

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