LES RESCAPÉS DE LA GUERRE DU GOLFE PORTENT PLAINTE À L’ONU

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Las d’attendre le paiement de leurs indemnisations, les 402 survivants de la première guerre du Golfe et des 93 veuves et orphelins des soldats tombés sur le champ d’honneur, comptent passer à la vitesse supérieure. Après 27 ans d’attente, ils n’excluent plus de porter plainte contre l’Etat du Sénégal à l’Organisation des Nations-Unies (ONU). Me Abdoulaye Tine, commis dans ce sens, a reçu mandat de saisir le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, d’une lettre, dans une semaine si le président Macky Sall ne réagit pas.

Déjà, l’avocat se veut clair : « Il y a un temps pour la négociation et un temps pour l’action. Dans la négociation, on doit être de bonne foi. Les veuves, blessés de guerre ne peuvent plus attendre parce que 27 ans, c’est beaucoup. »Ce qui est regrettable dans ce dossier, fulmine Mame Makhtar Gueye, le vice-président de l’Ong Jamra, facilitateur dans ce dossier, « le Sénégal a été le premier pays de l’Afrique noire à répondre présent, après le SOS adressé à la Oumah islamique mondiale, suite à l’invasion du Koweït par l’Irak, pour protéger le territoire saoudien particulièrement les lieux saints de l’Islam et surtout protéger les puits de pétrole qui étaient visés par le pays agresseur. »La mission ayant duré six mois, de septembre 1990 à mars 1991, les Diambars sénégalais sont tombés, au terme de leur mission alors qu’ils revenaient de la Oumra. Leur avion militaire qui leur a été prêté par le royaume saoudien, C130, a connu un crash terrible, le 21 mars 1991 à 04h40 du matin. Il y a eu 91 morts sur le coup. Gravement brûlés, lors de leur transfert à l’hôpital, le nombre de victimes sénégalaises est passé à 93.« L’Onu a payé mais l’Etat du Sénégal ne l’a pas versé aux victimes »Les rescapés et les familles des victimes sont confortés dans leurs positions par les terribles révélations de l’ancien CEMGA de 1984 à 1988, le général Louis Tavarèz de Souza, qui au micro de Sud fm, a déclaré « que l’ONU a payé l’argent mais c’est l’Etat qui ne l’a pas reversé aux soldats. »Après la guerre, l’Onu avait exigé de l’Irak de Sadam Hussein de réparer les dommages causés aux civils mais également aux contingents. Saddam Hussein avait alors fait savoir à l’ONU qu’il n’avait plus d’argent car ayant tout dépensé pendant la guerre. Un compromis avait été trouvé, pour que l’Irak donne du pétrole. C’est en ce moment que le Conseil de sécurité s’est réuni et avait pondu la résolution 1483 communément appelée résolution d’embargo pétrole contre nourriture, consistant à bloquer les frontières irakiennes pour ne plus autoriser l’importation de blé, de maïs et autres vivres que si Saddam acceptait de payer en pétrole. Ensuite, une commission chargée de collecter ce pétrole a été mise en place autrement dit la Commission d’indemnisation des Nations Unies (CINU). Au terme de cette collecte, des millions de barils de pétrole ont été vendus dans les marchés internationaux et cela a permis de récolter 500 milliards FCFA. La somme est enfin répartie en deux tranches. La première pour indemniser les dommages collatéraux civils parce que Saddam Hussein, qui utilisait des bombes chimiques, a détruit des milliers d’hectares de récoltes et décimé plusieurs têtes de bétail. La deuxième partie consistait à dédommager les soldats plus précisément les contingents qui avaient subi des pertes en vies humaines et le Sénégal en fait partie. « L’argent est venu mais malheureusement, contrairement aux autres contingents, celui du Sénégal n’a pas reçu un seul franc de cet argent », peste Mame Makhtar Gueye.En l’état, indique le facilitateur : « Nous avions interpellé le président de la République. Donc, par honnêteté, je ne peux pas dire que le dossier n’a pas avancé parce que l’Etat nous avait ouvert quatre portes. Parce que, d’abord, j’ai été reçu, au mois de juin, par le ministre de tutelle, Augustin Tine, accompagné des plus hautes autorités de son département ministériel, le Colonel Birame Diouf, Directeur de Cabinet militaire, le Colonel Babou Faye, le Directeur de la législation, entre autres officiers supérieur de son département ministériel, étaient présents. Après, nous avons été reçus, sur instruction du chef de l’Etat, par son Directeur de cabinet, Me Oumar Youm. Et enfin, le Premier ministre a hérité du dossier pour lequel il a bien voulu recevoir le médiateur de Jamra à quatre reprises. »Il ajoute : « Notre dernière séance de travail remonte au 10 septembre dernier. Et pour clôturer le tout, une commission a été mise sur pied pilotée par le Général de Brigade, Amadou Anta Gueye, assisté du Directeur de la DIRPA, Abdoul Ndiaye, assisté également comme conseiller technique par le commissaire à la retraite Adama Diakhaté. Et, ils m’ont fait l’honneur de me coopter dans cette commission. Nous avons travaillé d’arrache pied le 17 août dernier pendant des heures, j’ai été entendu, ils m’ont demandé des preuves, des documents, je leur ai tout donné. »« C’est au terme de tout ce circuit, précise Mame Makhtar Gueye, que le dossier a été remis entre les mains du Premier ministre avec lequel j’ai eu une dernière séance de travail de 18 heures à minuit, le 10 septembre. Alors, je lui ai dit vous avez tout pour vraiment passer à des choses plus concrètes c’est-à-dire le paiement de ces indemnisations. Il m’a fait comprendre que le dernier mot revient au chef de l’Etat en sa qualité de chef suprême des Armées mais il m’avait quand même rassuré en me disant que le président était dans de très bonnes dispositions pour que ce dossier connaisse une issue heureuse. C’était le 10 septembre. »Las d’attendre, les militaires ont organisé une marche de la Place de l’Obélisque au Rond-point de la RTS, ce lundi 10 décembre 2018. « Si les choses restent en l’état », ils comptent passer à la vitesse supérieure » dans ce dossier sur lequel leur avocat a fini de réunir « des preuves et documents explosifs ».

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