L’ONU censure la publication d’une liste noire des entreprises implantées dans les territoires occupés

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Par Jonathan Cook

L’Organisation des Nations Unies a reporté pour la troisième fois la semaine dernière la publication d’une liste noire des entreprises israéliennes et internationales [américaines, françaises, allemandes, britanniques et hollandaises] qui profitent directement des colonies de peuplement illégales établies par Israël dans les territoires occupés.

L’organisme
international subissait d’énormes pressions pour garder la base de
données secrète, après qu’un intense lobbying ait été exercé en
coulisses par Israël, les États-Unis et de nombreuses entreprises parmi
les 206 qui étaient sur le point d’être nommées.

Les responsables de l’ONU ont suggéré qu’ils pourraient rendre publique la liste dans quelques mois.

Mais
aucun progrès n’ayant été réalisé depuis que le Conseil des droits de
l’homme de l’ONU a demandé l’établissement de cette base de données
début 2016, les dirigeants palestiniens craignent de plus en plus
qu’elle ait été définitivement enterrée.

C’était
exactement ce qu’Israël espérait. Lorsque des efforts ont été déployés
pour la publication de la liste en 2017, Danny Danon, ambassadeur
d’Israël auprès de l’ONU, a averti :

« Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour nous assurer que cette liste ne voie jamais le jour. »

Il a ajouté que pénaliser les colonies était « une expression de l’antisémitisme moderne ».

Israël
et les États-Unis se sont tous deux retirés du Conseil des droits de
l’homme l’année dernière, affirmant qu’Israël y était discriminé.

Israël
a de bonnes raisons de craindre une plus grande transparence. Une
mauvaise publicité conduirait probablement beaucoup de ces entreprises,
dont certaines sont de premier plan, à cesser leurs activités dans les
colonies, craignant une réaction brutale des consommateurs et le retrait
des investissements des organisations religieuses et des fonds de
pension.

L’ONU
aurait déjà averti Coca-Cola, les produits pharmaceutiques Teva, la
société d’électronique de défense Elbit Systems et Africa Israel
Investments de leur inclusion probable dans cette liste. Les entreprises
de télécommunications et de services publics israéliennes sont
particulièrement exposées, car les réseaux desservant les colonies sont
intégrés à ceux en Israël.

Si
la Cour Pénale Internationale de La Haye finissait par ouvrir une
enquête pour déterminer si les colonies constituaient un crime de
guerre, comme l’exigent les dirigeants palestiniens, ces entreprises
risqueraient en plus d’être exposées à des poursuites judiciaires.

L’exode
de ces entreprises de Cisjordanie rendrait beaucoup plus difficile pour
Israël de maintenir ses colonies sur des terres palestiniennes volées.
En conséquence, les efforts visant à faire avancer le projet d’État
palestinien seraient renforcés.

Contrairement
à ce que l’on pense généralement, de nombreuses colonies sont devenues
de grandes villes. Leurs habitants attendent tout le confort de la vie
moderne, des succursales de banque locales aux établissements de
restauration rapide, en passant par les grandes chaînes de vêtements.

Aujourd’hui,
une proportion importante des 750 000 colons israéliens comprennent à
peine que leurs communautés violent le droit international.

Les
colonies sont également progressivement intégrées à l’économie
mondiale, comme l’a souligné un conflit l’année dernière lorsque Airbnb,
un site internet de réservation d’hébergements, a annoncé son intention
de déréférencer les offres de location des colonies de Cisjordanie.

La
société cherchait peut-être à éviter d’être incluse dans la liste noire
de l’ONU, mais cette action a subi une vive réaction de la part des
partisans d’Israël.

Ce
mois-ci, l’État du Texas a approuvé une interdiction de tous les
contrats avec Airbnb, arguant que l’action de la société en ligne était «
antisémite ».

Comme les deux parties le comprennent bien, la publication de la liste noire serait lourde de conséquences.

Si
Israël et les États-Unis réussissent et que les sociétés occidentales
restent libres d’ignorer la dépossession et les souffrances des
Palestiniens, les colonies s’enracineront encore plus profondément dans
la Cisjordanie. L’occupation israélienne deviendra de plus en plus
irréversible et la perspective d’un État palestinien de plus en plus
éloignée.

Un
rapport de 2013 sur les liens entre les grandes entreprises et les
colonies de peuplement a établi que l’impact sur les droits des
Palestiniens était « envahissant et dévastateur ».

Malheureusement,
la lâcheté des dirigeants de l’ONU sur ce qui devrait être une affaire
simple – les colonies violent clairement le droit international, et les
entreprises internationales ne doivent pas être complices de telles
actions criminelles – s’inscrit dans une tendance claire.

A
maintes reprises, Israël a exercé de fortes pressions sur l’ONU pour
qu’elle maintienne son armée hors d’une « liste de la honte » des
auteurs de violations graves des droits de l’enfant. Israël a même évité
une inscription sur cette liste en 2015 après son attaque de 50 jours
sur Gaza l’année précédente, qui a coûté la vie à plus de 500 enfants
palestiniens. Des dizaines d’armées et de milices y sont inscrites
chaque année.

Le
tribunal de La Haye traîne également des pieds depuis des années sur la
nécessité d’ouvrir une véritable enquête sur les crimes de guerre
d’Israël à Gaza, ainsi que dans les colonies de peuplement.

La bataille pour demander des comptes à Israël risque de faire rage à nouveau cette année, après la publication le mois dernier d’un rapport accablant d’experts juridiques de l’ONU sur l’assassinat de manifestants palestiniens à la clôture de Gaza par des snipers Israéliens.

Les
conditions de vie des deux millions de Palestiniens à Gaza sont
devenues critiques depuis qu’Israël a imposé un blocus qui empêche la
circulation des biens et des personnes, ce il y a plus d’une décennie.

Le
rapport de l’ONU a révélé que presque toutes les personnes tuées par
les tireurs d’élite – 154 sur 183 – n’étaient pas armées. Parmi les
morts, on compte environ 35 enfants palestiniens, et sur les 6 000
blessés, plus de 900 étaient des mineurs. Des journalistes, du personnel
médical et des personnes handicapées ont également été blessés.

Les
experts juridiques ont conclu à l’existence de preuves de crimes de
guerre. Tous les commandants et tireurs d’élite identifiables, ont-t-il
ajouté, devraient être arrêtés s’ils se rendent dans les États membres
de l’ONU.

Le
Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a toutefois qualifié le
rapport de « mensonges » nés d’une « haine obsessionnelle d’Israël ».

Certes,
ce rapport n’a causé que peu de remous dans les capitales occidentales.
Jeremy Corbyn, le chef de l’opposition britannique, fut le seul à
réclamer l’imposition d’un embargo sur les armes à Israël en guise de
réponse.

Cet
exceptionnalisme israélien est particulièrement frappant. Plus Israël
devient violent envers les Palestiniens et plus il est intransigeant
dans le refus de la paix, moins il subit de pressions.

Non
seulement Israël continue de bénéficier d’un généreux soutien
financier, militaire et diplomatique de la part des États-Unis et de
l’Europe, mais tous deux s’efforcent de plus en plus de faire taire les
critiques de leurs propres citoyens à l’égard des crimes israéliens.

À
mesure que le mouvement international de Boycott, de Désinvestissement
et de Sanctions prend de l’ampleur, les capitales occidentales ont
progressivement renié leurs engagements en faveur de la liberté
d’expression pour tenter de l’écraser.

La France a déjà criminalisé le soutien au boycott d’Israël, et son président, Emmanuel Macron, a récemment proposé de rendre illégal toute critique du sionisme, idéologie sous-jacente à l’emprise israélienne brutale sur les Palestiniens.

Plus
de deux douzaines d’États américains ont adopté une législation
anti-BDS interdisant aux entreprises et aux entrepreneurs individuels
qui ont des relations avec le gouvernement de cet État de boycotter
Israël. Israël est le seul pays à être protégé par de telles lois. Le
mois dernier, le Sénat américain a adopté uan projet de loi qui ajoute
un poids fédéral à cette campagne d’intimidation à l’échelle des États.

L’hypocrisie
de ces États – qui enjoignent à la paix dans la région tout en faisant
de leur mieux pour l’entraver – est claire. Maintenant, le danger est
que les dirigeants de l’ONU se joignent à eux.

«
Chaque somme compte, car un peu d’argent ici ou là, c’est comme des
gouttes d’eau qui peuvent devenir des rivières, des fleuves ou des
océans… » Hassan Nasrallah

Source : https://www.jonathan-cook.net/2019-03-10/un-list-firms-profit-israel-settlements/

Traduction : sayed7asan.blogspot.com

via:http://sayed7asan.blogspot.com/2019/05/lonu-censure-la-publication-dune-liste.html

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