Maduro : «Aucun soldat yankee n’entrera au Venezuela»

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– Après avoir passé deux jours à Caracas les 3 et 4 février, entre
autres pour une réunion semi-privée avec le président Maduro, voici mon
impression générale. La situation à Caracas est à l’opposé de ce que
décrivent les grands médias internationaux aux États-Unis, au Canada et
dans d’autres pays occidentaux. C’est calme, personne ne souffre de la
faim, il n’y a pas de violence. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de
crise économique, mais elle est due en grande partie aux sanctions
économiques paralysantes et aux pressions que les États-Unis ont
imposées au Venezuela au cours des dernières années. Les sanctions et
les menaces ont commencé sous Obama en mars 2015 et ont été poursuivies
par Trump, le gouvernement libéral de Justin Trudeau et d’autres.
Allons au cœur du sujet. De nombreux articles sérieux ont déjà été
publiés sur le site Mondialisation concernant, d’une part, l’élection
légitime de Maduro au dernier scrutin de mai 2018 et, d’autre part, la
violation du droit vénézuélien et du droit international, y compris par
les Nations Unies, en « reconnaissant » leur homme à Caracas. De plus,
le point désormais essentiel est le droit du Venezuela à sa souveraineté
et celui de choisir sa propre voie sans ingérence étrangère,
indépendamment de toute autre considération. Aussi, dans cette optique,
la réalité incontournable – ignorée par les médias internationaux – est
l’union civilo-militaire en tant qu’élément clé de la démocratie
vénézuélienne. On méconnaît par ignorance ou par une pensée magique,
tout comme ceux qui veulent faire abstraction de la révolution
bolivarienne le savent très bien, que c’est précisément cette union qui
bloque leur plan.
 
Même si ce n’était pas la première fois que j’entendais parler
Maduro, sa conférence du 4 février, lors de cette réunion semi-privée
avec des Vénézuéliens et des invités étrangers, a été l’argument
décisif. Entre autres points, il a expliqué en détail comment lui-même
et les autres dirigeants (que j’ai aussi brièvement rencontrés au cours
de cette réunion) ont travaillé et travaillent encore aujourd’hui pour
organiser et inspirer – et à leur tour s’inspirer de – toutes les
divisions des forces armées partout au pays, des pilotes et de la marine
jusqu’aux militaires en passant par la milice populaire. Il a fait
remarquer que cette union civilo-militaire s’était organisée dans le
pays sur plusieurs décennies.
 

Quelle est cette union civilo-militaire? 
 
Chávez a déclaré avoir trouvé l’idée de l’alliance civilomilitaire
dans la pensée politique de l’intellectuel vénézuélien, chef de la
guérilla, Fabricio Ojeda, qui écrivait dans son livre de 1966, La Guerra
del pueblo (La Guerre du peuple) : « Les bases anti-féodales et
anti-impérialistes de notre processus révolutionnaire suggèrent une
forme d’alliance entre les Vénézuéliens qui peut tenir compte des
différences fondamentales, des credos politiques, des conceptions
philosophiques, des convictions religieuses, des statuts économiques ou
professionnels ou de l’appartenance à un parti. La force et la puissance
de l’ennemi commun appellent à une lutte unie pour le vaincre… Les
forces les plus enclines à lutter pour la libération nationale sont les
travailleurs, les paysans, la petite bourgeoisie, les étudiants, les
intellectuels et les professionnels, ainsi que la majorité des
fonctionnaires, des sous-officiers et des soldats de l’armée de l’air,
de la marine et des forces terrestres… » Dans la vision d’Ojeda,
partagée par Chávez, tous ces secteurs civils et militaires sont appelés
à s’unir pour former une véritable alliance révolutionnaire nationale.
(Ramonet, Ignacio, 2013)
 
Alors que Maduro déclarait dans son discours du 4 février que son
gouvernement était prêt à participer à tous les efforts de médiation, il
a également précisé que le Venezuela était prêt à défendre son
territoire : « Aucun soldat yankee n’entrera au Venezuela. » En fait,
seulement 24 heures (le 5 février) après sa déclaration
« conciliatrice » sur la médiation, le fantoche des États-Unis à Caracas
a déclaré que son pays aimerait mieux « une guerre civile » plutôt que
des négociations, selon son propre aveu. Néanmoins, le lendemain, le 6
février, le gouvernement de Maduro publiait une déclaration indiquant
qu’il travaillait toujours activement avec l’Uruguay, le Mexique et les
14 pays du bloc des Caraïbes en plus de la Bolivie, en vue d’une séance
de médiation le 7 février.
 
La conférence internationale tenue en Uruguay le 7 février, dans le
but de traiter de la situation au Venezuela, a réuni cinq pays
d’Amérique latine et huit pays européens.
 
Alors que les dirigeants européens et latino-américains recherchent
une « solution politique et pacifique » à la situation du Venezuela, la
déclaration finale du Groupe de contact international n’a finalement
pas été adoptée par tous les pays participant à la conférence
internationale. La Bolivie, le Mexique et le CARICOM ont refusé de
signer le traité d’accord européen soutenu par l’Union européenne (UE),
lequel appelle à des élections au Venezuela « dès que possible ». 
 
À mon avis, cela est parfaitement compréhensible, dans la mesure où
la position de l’UE constitue un ultimatum pour un pays souverain qui
avait DÉJÀ organisé des élections présidentielles. La tentative
d’ingérence de l’UE coïncide avec celle du Groupe de Lima et du Canada.
 
Ces pays parlent tous hypocritement d’une « transition pacifique »,
mais ils poussent à la confrontation et à l’ingérence étrangère, y
compris à l’option militaire, en imposant au Venezuela des conditions
inacceptables.
 

 
 
La menace d’une intervention militaire dirigée par les États-Unis
est donc plus réelle que jamais. Le point de vue est le suivant : non à
une intervention militaire au Venezuela et soutien sans réserve au droit
du Venezuela de se défendre dans le pire des cas. Des sondages en
Europe et dans d’autres pays montrent l’appui à cette position, tandis
que les principaux syndicats canadiens ont publié et publient des
déclarations rejetant la position du parti libéral de Justin Trudeau
favorable à Trump, et des manifestations ont lieu aux États-Unis.
 
Le jour même de la déclaration de Maduro, le 4 février, le
gouvernement de Justin Trudeau accueillait le soi-disant Groupe de Lima à
Ottawa. Le communiqué officiel réaffirmait son soutien à la position de
Trump sur le Venezuela, constituant ainsi une ingérence étrangère dans
les affaires intérieures de ce pays avec le total appui de sa
marionnette, le soi-disant président. La position du gouvernement de
Justin Trudeau représente un changement majeur et historique (au sens
très négatif du terme) de la politique étrangère canadienne, y compris
au sein de son propre parti, le Parti libéral. Contrairement, par
exemple, à l’ancien premier ministre du Parti libéral, Jean Chrétien,
qui à l’occasion du 10e anniversaire de la guerre en Irak (mars 2013)
avait déclaré dans une entrevue au sujet de la position du Canada de ne
PAS soutenir la guerre américaine en Irak :  
 
[Chrétien] ne regrette pas d’avoir refusé la participation du
Canada à la mission dirigée par les ÉtatsUnis. C’était une décision très
importante, à n’en pas douter. En fait, c’était la première fois que le
Canada ne participait pas à une guerre impliquant les Britanniques et
les Américains. (Une déclaration de Jean Chrétien à l’émission Power
Play au réseau canadien d’information CTV.)
 
Selon lui, « cette décision a également contribué à affirmer
l’indépendance du Canada sur la scène internationale. Malheureusement,
beaucoup de gens pensaient parfois que nous formions le 51e État des
États-Unis. Il était clair ce jour-là que ce n’était pas le cas. »
 
Chrétien a déclaré avoir refusé de s’engager dans une action
militaire en Irak sans une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU.
Il a ajouté que le Canada avait toujours suivi les Nations Unies et
qu’il intervenait dans d’autres conflits lorsque cela lui était demandé.
 
Il avait également affirmé ne pas être convaincu que l’Irak
disposait d’armes de destruction massive – la menace qui alimentait le
soutien à une invasion du pays par les États-Unis – et cela s’est
finalement avéré.
 
Chrétien a aussi parlé de sa visite au Venezuela la semaine dernière pour assister aux funérailles du président Hugo Chávez.
 
Il a dit y être allé parce qu’il connaissait personnellement Chávez
et qu’il n’avait « jamais eu de problème » avec le dirigeant
controversé, même s’il n’était pas d’accord avec lui « sur bien des
points ». Il voulait également témoigner son respect au peuple du
Venezuela.
 
« Il [Chávez] avait le soutien de la population et il était aimé
des plus démunis de son pays. C’était une sorte de Robin des bois »,
selon Chrétien.
 
Le premier ministre Stephen Harper a irrité le gouvernement
vénézuélien en disant espérer que le pays pourrait envisager un « avenir
meilleur et plus radieux » après la mort de Chávez.
 
Chrétien a ajouté que les autorités vénézuéliennes étaient « très,
très heureuses » de sa présence aux funérailles, parce qu’elles étaient
« très mécontentes » des propos d’Harper. (CTV Nouvelles : « Dire NON à
la guerre en Irak était une décision importante pour le Canada. » Jean
Chrétien, 12 mars 2013)
 
Rappelons ce que tout le monde à Cuba et en Amérique latine sait :
le père de Justin Trudeau, à titre de premier ministre du Parti libéral
du Canada, s’est rendu à Cuba en juin 1976 et, prenant place aux côtés
de Fidel Castro lors d’une rencontre publique, il lançait : « Longue vie
au président Fidel Castro! » et il adoptait aussi d’autres positions
indépendantes de celles des États-Unis. 
 
Pour ces peuples du Sud (comme le constatent aujourd’hui les
Canadiens), à l’égal de n’importe quelle autre famille, quel que soit le
système, les relations et les caractéristiques familiales changent. En
ce qui concerne les relations extérieures, Justin Trudeau ne ressemble
aucunement à son père. La presse canadienne peut me citer ici : « Le
père de Justin Trudeau se retournerait dans sa tombe s’il savait ce qu’a
fait son propre fils. » Tout le monde au Canada déteste Trump pour
l’ensemble de ses politiques, pourtant Justin Trudeau est aligné sur
lui. 
 

Manifestation contre l’ingérence au Venezuela à Ottawa, Canada
 
Le gouvernement Trudeau, tout en donnant des leçons de démocratie
et de liberté de presse au Venezuela, comme il l’a fait le 4 février à
Ottawa lors de la rencontre avec le Groupe de Lima (Affaires mondiales
Canada, Déclaration du Groupe de Lima du 4 février 2019), a refusé
l’accès à teleSUR et à d’autres médias lors de cette réunion du Groupe
de Lima à Ottawa. De plus, son gouvernement parle de démocratie pour le
Venezuela, mais il ne reconnaît pas la position de millions de
travailleurs syndiqués au Canada, et d’autres contre la politique
interventionniste pro-Trump au Venezuela et en faveur du droit du
Venezuela à l’autodétermination et à la souveraineté. 
 
Justin Trudeau se situe du mauvais côté de l’histoire. Avant qu’il
ne soit trop tard, il devrait renoncer à sa politique et s’opposer
plutôt à l’intervention des États-Unis qui, par leur nature même,
autorisent le recours à l’option militaire avec toutes ses conséquences
tragiques.
 
Les chaînes de télévision publiques et privées de langue française
au Canada sont les pires, non seulement au Canada, mais également en
Occident. Elles ont complètement abandonné la tradition relativement
progressiste et ouverte d’esprit de la télévision d’État francophone
telle que représentée par René Lévesque lorsqu’il était journaliste dans
les années 1960, et plus récemment par les sections Nouvelles et
Documentaires dirigées par Michel Cormier et d’autres, tel Jean-Michel
Le Prince. C’est une honte pour le Québec et l’auditoire de la
télévision francophone partout au Canada.
 
La journaliste colombienne et présidente de teleSUR, Patricia
Villegas Marin, en réponse au courrier électronique d’Affaires mondiales
Canada l’informant que son accréditation médias pour assister à la 10e
réunion ministérielle du Groupe de Lima à Ottawa avait été refusée, a
déclaré dans un gazouillis :
 
Le gouvernement du Canada nous refuse l’accès à une réunion du
soi-disant Groupe de Lima. Ceux qui parlent de liberté démontrent, dans
chacune de leurs actions, combien ils ignorent sa signification.
@telesurenglish et @teleSURtv n’abandonneront PAS leur mission
d’information.
 
Quant à Trump, il devrait prendre très au sérieux la tradition
révolutionnaire civilo-militaire de la révolution bolivarienne. Personne
ne souhaite une confrontation, mais les États-Unis perdront, et Trump
l’aura comme héritage. La loyauté de John Bolton et d’autres
super-faucons en vaut-elle vraiment la peine?
 
Arnold August8 février 2019

: Afrique Monde

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